TIl monte du SUV montre que les constructeurs automobiles ont convaincu de nombreux clients que plus c'est gros, mieux c'est. Renault et Fiat Chrysler Automobiles (dont le président, John Elkann, siège au conseil d’administration de L'économistSociété mère) espèrent convaincre les investisseurs qu’il en va de même pour les constructeurs automobiles. Le 27 mai FCA, une entreprise italo-américaine, a déclaré qu’elle cherchait à fusionner son homologue français, lui-même issu d’une alliance étroite avec le Japonais Nissan et Mitsubishi. Si un accord est conclu, cela créera un colosse automobile.

Ensemble, les deux sociétés ont vendu près de 9 millions de voitures l'année dernière et leurs revenus combinés ont atteint 170 milliards d'euros (190 milliards de dollars), dont 10 milliards d'euros de bénéfices d'exploitation. Seulement Toyota et Volkswagen (VW), fabriquant chacune plus de 10 millions de voitures par an, sont plus grandes. Ajoutez les partenaires de l’alliance Renault, et le grand total de 15 millions de voitures laisserait tout le monde dans la poussière.

L’accord, toujours soumis à l’approbation des actionnaires de Renault, peut être considéré comme l’héritage de deux géants de l’industrie automobile. Sergio Marchionne, FCALe charismatique patron, décédé l’année dernière, avait appelé à la consolidation du marché de masse, où les faibles profits résultent en partie de la duplication des investissements dans des technologies similaires, telles que les moteurs, qui ne différencient guère les marques. La personnalité napoléonienne de Carlos Ghosn l’a aidé à bâtir et à gérer l’alliance franco-japonaise. Ses plans pour la domination du monde ont été éclipsés par son arrestation au Japon l'année dernière sous l'inculpation d'actes fautifs financiers chez Nissan (ce qu'il nie).

M. Ghosn avait précédemment invité FCA rejoindre son alliance. Marchionne et lui auraient sans doute convoité le siège d'une entreprise fusionnée. Avec leur ego hors du commun, leur style de négociation a cédé le pas à une discussion civilisée entre M. Elkann, fils de la famille Agnelli, fondateur de Fiat, et Jean-Dominique Senard, qui a succédé à M. Ghosn à la présidence de Renault en janvier.

Elkann et Senard semblent partager la vision de Marchionne. Pour survivre, les constructeurs automobiles en place devront s’agrandir pour faire face au genre de ralentissement économique auquel l’industrie est actuellement confrontée. La consolidation permet aux entreprises de réduire leurs coûts et d’étaler des investissements inévitables et massifs dans les véhicules électriques (EVs), les voitures autonomes et les services de mobilité (tels que le portage et le covoiturage).

Sur papier, FCA et Renault ressemblent à des partenaires parfaits (voir tableau). Ils comblent les lacunes dans les activités des autres entreprises tant sur le plan géographique que sur le plan des produits. FCALa force et les profits viennent d’Amérique; Renault d’Europe. Les modèles bon marché de la firme française et EV complément de savoir-faire FCAMicros et marques haut de gamme comme Alfa Romeo et Maserati.

Le partenariat peut-il défier l’histoire inégale des grands mégalopoles de l’industrie automobile? La liste des échecs est longue: Daimler et Chrysler, BMW et Rover, tout ce qui a trait à Ford. Fiat et Chrysler montrent que les partenariats peuvent fonctionner. Renault-Nissan-Mitsubishi fonctionne également. Les deux groupes avaient d’anciens patrons exceptionnels, qui géraient habilement les cultures disparates des firmes de composants. Mais aujourd’hui, les entreprises sont peut-être plus disposées à surmonter leurs différences, car leurs perspectives semblent si incertaines. Et FCA estime que le syndicat pourrait permettre à l'entreprise fusionnée de réduire ses coûts de 5 milliards d'euros par an, ce qui équivaut à environ 3% du chiffre d'affaires total et bien plus que ce que Marchionne pensait pouvoir tirer de la fusion de Fiat et Chrysler, qu'il avait établie en 2010 à 1% des revenus d’ici 2014.

Le problème est que les obstacles restent. Même si les entreprises peuvent être conçues conjointement, il n'en va pas de même pour les structures de propriété. Celui-ci doit être structuré comme un partenariat 50-50. C’est ainsi que la plus grande participation, soit 14,5%, sera attribuée à Exor, le véhicule de placement de la famille Agnelli, qui contrôle FCA à travers une participation de 29% (Exor est également actionnaire de L'économisteSociété mère). Il est difficile de savoir où la fusion laisserait Nissan. Le partenariat entre l’entreprise japonaise et Renault semble hors de propos avec M. Ghosn, et Nissan pourrait craindre que son influence ne tombe encore plus loin. Par contre, sa participation de 15% sans droit de vote dans Renault se convertira au moins en une participation avec droit de vote de 7 à 8% dans la nouvelle société. Et le mariage à FCA peut refroidir l'ardeur de Renault pour une fusion complète avec Nissan, qui n'en veut pas.

Il y a ensuite les gouvernements qui considèrent les constructeurs automobiles comme des champions nationaux. Les politiciens craignent les fermetures d'usines, les pertes d'emplois et le symbolisme impopulaire du déclin industriel. L'État français, qui détient 15% du capital de Renault, va apparemment renoncer à son droit de vote double et accepter un conseil composé principalement d'administrateurs indépendants. Les gouvernements français et italien ont peut-être été rassurés par FCALa garantie qu'aucune usine ne fermera.

Enfin, gérer une alliance qui fabrique 15 millions de voitures par an sera un exploit. Même Marchionne ou M. Ghosn n’étaient peut-être pas à la hauteur de la tâche, notamment parce que ces superstars excellaient dans le sauvetage de constructeurs automobiles défaillants. M. Senard, susceptible de diriger FCARenault a une tâche différente: orienter les entreprises qui sont déjà dans le droit chemin.

Si la taille au sommet de l'industrie passe de 10 à 15 m de voitures par an, est-ce que d'autres chercheront à suivre? Ford et VW sont dans un partenariat qui pourrait se rapprocher. PSA, qui fabrique Peugeots et Citroëns, est ouverte aux offres. Selon la rumeur perpétuelle, le gouvernement chinois envisage de fusionner ses entreprises publiques. S'ils étaient toujours en charge, MM. Ghosn et Marchionne auraient encouragé la frénésie de consolidation.